Monsieur Bovary, L. Grimaldi

monsieur bovary-300x460De quoi ça parle? 

De Charles Bovary, le personnage du « pauvre type » brossé par Flaubert, délaissé par sa femme, mauvais médecin.

Comment ai-je décidé de lire ce roman?

J’avais tellement adoré Monsieur Bovary de Billot que j’ai été intriguée de voir comment L. Grimaldi allait appréhender Bovary.

Ce que j’en pense?

Dans l’ensemble, j’ai apprécié. L’auteure reste fidèle à la trame de Flaubert mais interprète ce que le texte source ne dit pas. Par exemple, Heloïse, la première femme de Charles meurt chez Flaubert d’une mort inexpliquée. Chez Grimaldi, cette mort s’explique d’une façon tout à fait inattendue et change notre regard sur Charles.

Cependant, je mets un petit bémol. La fin me gêne. Je n’ai pas très bien compris les choix de Grimaldi. Pourquoi ne pas avoir suivi le texte de Flauflau? pourquoi avoir choisi précisément ce chemin pour Charles? Voulait-elle en faire un symbole? Je suis restée un peu bête face à ce choix qui a terni mon enthousiasme pour cette lecture.

Bref, c’est une lecture sympa mais décevante à la fin. Le personnage de Charles selon moins a bien moins d’épaisseur que celui peint par Billot. Je n’imagine même pas ce que Flaubert en aurait pensé!

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Rebecca, Daphné du Maurier

9782253006732FSDe quoi ça parle?

D’une jeune fille appelée à devenir dame de compagnie au chevet d’une vieille snob fortunée qui la méprise parce qu’elle n’a pas d’argent et pas de famille, parce que sans elle, elle finirait seule et sans argent. De cette même jeune fille qui  rencontre un veuf très riche, Maxim, et qui devient rapidement sa femme.

De cette jeune mariée qui est toute excitée à l’idée d’être la nouvelle Mme de Winter, de devenir la maitresse de maison de l’illustre Manderley, demeure cossue et réputée pour ses fêtes fastueuses, toute excitée d’entrer dans un monde auquel elle n’aurait jamais pensé avoir accès.

De cette jeune mariée qui, à peine après avoir posé le pied dans sa nouvelle vie, comprend que son rêve ne sera pas si simple car elle devra composer avec l’ombre omniprésente de Rebecca, l’épouse morte. Rebecca, l’épouse douce et attentionnée,; l’amie ayant toujours le mot qui convient à chaque situation; LA maitresse de maison qui sait mener d’une main de fer l’armée de domestiques, celle qui organise les plus belles fêtes, les plus originales, les plus prisées du comté; LA femme adorée de tous, enviée, respectée; incarnation d’une perfection que notre jeune fille pense insurmontable. Très vite, elle se laisse submerger par les angoisses, elle se laisse envahir par les doutes, se piétinant franchement alors qu’elle est déjà à terre.

De cette jeune mariée qui doit vivre dans le souvenir de Rebecca, qui doit marcher dans son pas, à qui on répète sans cesse « Mme de Winter ne faisait comme-ci ou comme-ça ». De cette jeune femme qui aime éperdument son époux mais qui le voit plus que malheureux.

D’un secret révélé qui va ébranler les certitudes de cette jeune mariée, un peu gauche, parfois naïve et rêveuse, mais vraiment attachante.

Comment ai-je décidé de lire ce roman?

J’avais lu pas mal de chroniques sur ce roman, notamment chez Carolivre. Il y a peu de temps, sur un vide-grenier, Rebecca attendait patiemment dans sa caisse, à ras de terre, dans l’humidité d’un dimanche matin de septembre. Il sentait bon le vieux livre ayant passé sa vie dans un grenier. La couverture datait des années 60, un bon vieux livre de poche rance… j’ai craqué devant sa laideur. Le soir même je le commençais, deux jours plus tard, je le terminais.

Ce que j’en ai pensé 

J’ai eu un mal fou à décrocher de ma lecture (à tel point que voulant absolument terminer le roman, une nuit, je n’ai dormi que 3h – tout ça pour m’endormir sans parvenir à le finir). L’écriture est prenante. Elle m’a charmée dès les premiers paragraphes. J’étais déjà conquise après les trois premières phrases car la narration mêle passé et présent et en cela attise vraiment la curiosité du lecteur.Unknown

Mais bien évidemment, c’est l’ombre de Rebecca qui m’a fascinée autant qu’elle fascine la narratrice. On sent le poids de sa perfection écraser cette pauvre jeune fille qui essaye vraiment de faire de son mieux. Rebecca est partout : dans les meubles, les bibelots, dans la bouche et la mémoire de chacun, dans les sentiers des bois, dans la crique, dans l’aile ouest, son fief. Rebecca nous envoûte autant qu’elle nous impressionne. Comment rivaliser? J’ai tout de suite compati à la médiocrité de la narratrice que l’on suit pas à pas dans cette nouvelle vie que pour rien au monde on ne voudrait avoir. Chacun pense à Rebecca quand on parle de Mme de Winter, pas à notre jeune mariée. Quelle tristesse! Comment combattre une morte?

Et puis, (oui, il y a un « et puis », parce que sinon, soyons honnêtes, ce serait sans grand intérêt), et puis on a LE renversement de situation qui m’a laissé estomaquée mais qui en plus m’a invitée à poursuivre une lecture totalement différente et même m’a invitée à une relecture différente.

A ce petit cocktail littéraire jubilatoire, s’ajoute une écriture affirmée, parfois dépouillée, parfois très lyrique, bref une plume riche mais sans chichi... un vrai bonheur.

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C’est donc avec un vrai plaisir que j’ai mené la lecture de ce classique, de ce petit bijou. La puissance cinématographique de l’intrigue et des descriptions est telle que tout au long de ma lecture je me demandais pourquoi aucun film n’avait été fait. Ignorante que je suis! Le grand Hitchcock s’est prêté à l’exercice, ce qui explique surement qu’aucun autre réalisateur n’ait tenté de rivaliser. J’attends impatiemment que le DVD soit rendu à la médiathèque pour l’emprunter. J’ai bon espoir du résultat car Hitchcock a également adapté une nouvelle de Daphnée Du Maurier  « Les Oiseaux », un film que j’ai regardé plus jeune et dont certaines scènes m’ont vraiment (mais vraiment) marquée.

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Monsieur Bovary, A. Billot

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De Charles Bovary, ce mari malmené par Flaubert et son héroïne, Emma. De ce pauvre Charles, médecin médiocre de campagne qui mourra d’amour pour une femme qui ne l’aura jamais aimé.

Commet ai-je décidé de lire ce roman?

Charles est le personnage dont on a pitié. « Le pauvre » dit-on tous quand on voit Emma l’ignorer alors qu’il essaye de la rendre heureuse. C’est aussi celui qu’on appelle « le pauv’ gars » ou le « bon gars ». Alors lire un roman qui lui était dédié, l’idée m’a de suite plu.

Ce que j’en pense?

J’ai adoré. Il n’y a pas d’autres mots. Et pour plusieurs raisons.

Raison n°1 : La fidélité au texte de Flaubert est plus que respectée. L’auteur ne détourne  ni n’omet aucun épisode. Flaubert les raconte du point de vue d’Emma, Billot du point de vue de Charles. Tantôt à travers le journal intime du médecin, tantôt à travers une agréable narration. On découvre alors un Charles bien différent : profond, très clairvoyant, pragmatique parfois, parfaitement conscient de jouer le rôle que Flaubert lui a donné, celui du niais un peu lourdaud.

Raison n°2 : le passé inventé du personnage est une petite pépite. Charles a connu la passion charnelle avec Marie, une prostituée. Il ne cessera de comparer Emma à cette femme. Quelle audace! Emma qu’il vénère chez Flaubert devient Emma l’égale d’une prostituée! C’est un coup auquel je ne m’attendais pas mais qui à mon sens, remet un peu l’orgueilleuse Emma à sa place.

Raison n°3 : la narration n’est pas faite au hasard. On alterne entre Charles et Bovary. Charles, c’est le personnage de Billot, celui qui cache bien son jeu, celui qui aime Emma sans lui vouer un culte, celui qui pense plus qu’il ne dit; Bovary, c’est le personnage de Flaubert, celui pour lequel notre jugement manque de tolérance. Les deux personnages se combinent merveilleusement bien.

Raison n°4 : Billot a pris un malin plaisir à ancrer son récit dans la réalité. Grand renfort de dates, de détails, d’anecdotes, de manuscrits retrouvés tout au long du roman. Même si on reconnait un subterfuge très souvent utilisé, on y adhère sans problème.

Bref, c’est une lecture très plaisante que j’ai terminée. Charles est réhabilité.

Victor Hugo vient de mourir, J. Perrignon

UnknownDe quoi ça parle?

Des quelques jours qui ont précédé la mort de l’illustre poète et des jours qui ont suivi sa mort, de l’organisation des funérailles nationales et du transfert de sa dépouille au Panthéon. Le roman se centre davantage sur les 11 jours qui séparent la mort des funérailles nationales.

Comment j’ai décidé de lire ce roman?

Je l’avais eu dans les mains l’année dernière, j’avais lu les première pages mais je n’avais pas la tête à ça, je n’étais pas dedans, le récit n’avait pas retenu mon attention. Je l’ai vu de nouveau sur le présentoir de la bibliothèque qui me lorgnait avec sa couverture rouge, alors je me suis dit « Allez, on retente . »

Ce que j’en pense?

Du bien, beaucoup de bien pour ne pas dire que du bien.

Judith Perrignon retranscrit avec une exactitude fascinante les jours qui ont précédé et suivi la mort de Hugo. On rencontre un poète qui vit ses derniers instants, entouré des siens, de ses petits-enfants Jeanne et Georges, amours immodérés de Hugo mais également vestiges d’une famille décimée par les drames. Hugo a enterré sa femme, sa maitresse, trois de ses quatre enfants, a placé la dernière dans une maison de soins après que la folie s’est emparée d’elle, a recueilli les deux orphelins de son fils. C’est un aspect du roman que j’ai vraiment apprécié : au détour d’un simple constat, l’auteur retrace la vie du poète, sans chronologie aucune, peignant ainsi un portrait juste, sans prétention de grandeur, sans volonté élogieuse. Hugo apparait dans son intimité, dans sa force mais aussi sa faiblesse. On découvre dans des bribes de lettres envoyées à ses amis de toujours, Vacquerie (le frère de Charles, son genre décédé) et Meurice, un homme rongé par la douleur d’avoir perdu ses enfants et un amoureux de sa patrie accablé de ne pouvoir vivre en France.

Tantôt figure tutélaire d’une société qui vient de perdre son guide, le peuple le porte aux nues; tantôt poète embourgeoisé, il est pointé du doigt : qu’est devenu le révolté des Châtiments? Meurt-il dans son immeuble cossu de bourgeois?; tantôt symbole d’une société qui va se révolter, le cadavre fait peur. Car cette mort comme l’écrit si bien l’auteure est l’occasion de ressortir les vieilles haines, les anciennes tensions, d’en créer de nouvelles : anarchistes et les anciens communards contre les bourgeois de l’Assemblée; les catho qui s’insurgent qu’Hugo n’ait pas reçu les derniers sacrements et que le Panthéon redevienne laïque; la préfecture qui s’emballe en imaginant une révolte du peuple… La mort d’Hugo  déchaine les passions. Les funérailles deviennent un instrument politique, elles serviront à crier son mécontentement ou au contraire à montrer qu’en tant qu’homme de loi, on est capable de faire régner l’ordre, une occasion pour certains donc de se faire bien voir et d’obtenir le poste qu’ils briguent depuis longtemps. Il était très intéressant de lire ces pages, de voir comment la mort a été instrumentalisée par une grande partie de la population. 

Mais Hugo, c’est avant tout l’homme qui a parlé pour le peuple et le peuple, ces misérables, veut lui rendre hommage. On s’organise, on brode des drapeaux, on se réunit clandestinement, sous l’oeil des mouchards envoyés par la préfecture, on regrette que l’enterrement ait lieu un lundi, jour travaillé, on envoie des milliers de lettres pour qu’il ait lieu le dimanche. On écrit de France, d’Allemagne, d’Alger, d’Haïti… Hugo fait pleurer le monde.

L’auteure nous rapporte également des anecdotes, toutes vraies, qui nous font sourire tant elles sont inconcevables aujourd’hui : les milliers d’hommes et de femmes anonymes venus rendre hommage au poète, les gens qui dorment la veille sur les trottoirs de peur de ne pas voir le cortège funéraire, celles et ceux qui louent une marche d’escabeau à un prix exorbitant pour entrevoir le cercueil… Les exemples ne manquent pas mais recréent l’atmosphère de ces quelques jours où Paris a tremblé et que la France s’est arrêtée.

De tels emportements paraissent impossibles aujourd’hui. Quel auteur serait capable de déchainer de telles passions, de faire aussi peur s’il mourait ? C’est fou de se dire que la littérature a eu un tel poids, une telle place et c’est même regrettable de ne plus lui donner autant d’importance. L’auteur d’ailleurs s’en donne à coeur joie à la fin du roman. Elle écrit de magnifiques pages sur la Phrase, le rôle qu’elle avait et celui qu’on lui donne aujourd’hui. J’en ai frissonné d’émotion tellement les mots étaient justes.

C’est donc un très beau roman qui fourmille de visages inconnus, de lettres anonymes, de rapports retrouvés dans les archives de la police, autant de détails qui créent une plongée dans l’atmosphère de cette fin de mai 1885, quand Paris a eu peur d’un soulèvement populaire alors que le peuple pleurait seulement celui qui lui avait donné une voix.

 

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Funérailles de V. Hugo, 1er juin 1885

Madame Bovary, Rumiko IGARASHI

madame-bovary-isan-mangaDe quoi ça parle?

De Madame Bovary de Flaubert! Igarashi a mis en manga le classique du grandiose Flauflau. Pour ceux qui ne connaitrait pas l’histoire, je laisse Jean Rochefort la raconter en cliquant . Si vous voulez une approche plus soft, on va dire que Madame Bovary c’est l’histoire d’Emma, une jeune fille tout droit sortie du couvent, qui rêve de passion et d’amour romanesques tels qu’elle les a lus dans ses romances d’ado. Elle se marie avec Charles et espère de tout son coeur toucher son rêve. Malheureusement, elle se rend bien vite compte que la réalité manque de grandeur. Elle devient mère, n’aime pas son enfant. Elle se passionne pour le religion puis prend des amants. Elle s’endette, c’est la descente.

Comment j’ai décidé de lire ce manga?

Je suis une passionnée de Flauflau et surtout de sa Bovary. Tout ce qui touche de près ou de loin m’intéresse. Je savais qu’un manga était tiré du roman alors après moult pérégrinations (plus de réédition, exemplaire trouvé puis jamais expédié, puis trouvé de nouveau mais en fait non, pour enfin,un jour avoir le bonheur de lire une réponse favorable.), j’ai commandé et attendu fébrilement son arrivée (impatience de la passionnée, inquiétudes de la radine car il coûte un bras ce manga!) . Alors aussitôt dans les mains, aussitôt lu.

Ce que j’en pense?

Le manga m’a déçue car il ne respecte pas un point important de l’histoire de Flaubert. L’auteur présente Emma comme étant amoureuse de Charles, celle qui l’aime. Sauf que chez Flauflau, Emma n’aime pas Charles et se rend rapidement compte qu’elle ne ressent pas les sentiments qu’elle devrait éprouver. Outre ce faux pas, dans l’ensemble, c’est plutôt fidèle. J’ai regretté cependant la rapidité de la narration, certains passages clés sont brossés en quelques planches.

Pour le dessin, j’ai eu l’impression de retomber dans mon enfance et de voir le Club Dorothée et ses dessins animés nippons. Le trait ressemble à celui de Candy et pour cause: l’auteure est également la créatrice de la « jolie petite fille aux yeux clairs » alors forcément on adhère. On replonge aisément dans ces traits familiers, les yeux immenses, les lèvres scintillantes, les robes à frou-frou encore et encore. C’est devenu un peu kitsch mais comme ces dessins ont bercé mon enfance, ils ont toute mon affection. J’ai apprécié qu’à la suite du manga, le texte original soit ajouté.

En bref, c’est un manga que je ne regrette pas d’avoir acheté même s’il n’est pas totalement fidèle à Flaubert. On s’en délecte si on est né dans les années 80 et qu’on a grandi avec les dessins animés du club Dorothée!

 

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(oui, j’avais prévenu, c’est kitsch!)

 

Les Heures lointaines, Kate MORTON

De quoi ça parle?

De Meredith qui reçoit un dimanche matin une lettre et d’Edith, la fille de Meredith, qui voyant sa mère troublée par ce courrier va poser des questions.

Meredith explique à Edith que la lettre a 50 ans de retard, qu’enfant, elle a fait partie des petits londoniens qu’on a évacués en 39 et qu’elle a été accueillie chez les Blythe, dans leur château, Mildhurst Castle. Meredith n’en dira pas plus, laissant sa fille avec de très nombreuses questions. La jeune trentenaire va alors se prendre de passion pour cette histoire et va essayer tant bien que mal de remonter le cours de l’histoire maternelle.

Comment j’ai décidé de lire ce roman?

Je n’étais pas seule dans une librairie silencieuse alors qu’un orage se faisait entendre dehors, que les murs tremblaient et qu’une pluie torrentielle tombait; je n’ai pas non plus arpenté les rayons de la bibliothèque des heures durant pour trouver, coincé entre deux livres poussiéreux, ce manuscrit. Non, malheureusement, la vérité est bien plus prosaïque et bien moins mythique.

Un samedi matin de septembre, alors que j’attendais que mon beau-frère finisse de remplir le chariot de courses et que je faisais patienter mes monstres au rayon livres du supermarché, un présentoir malade, chargé de livres écornés, malmenés par les clients aux mines grises, jetés pêle-mêle, m’a interpellée. Attendant désespérément d’être enfin pris et emportés dans la chaleur d’un foyer, les livres ont attendri mes yeux et mon coeur de lectrice. Par pitié, j’en ai feuilleté un, deux, puis un troisième.

Il était gros, il avait une couverture qui a retenu mon attention, il a passé le test de la page 120 (je lis toujours la page 120 d’un livre, pour savoir si ça va me plaire ou non). J’ai commencé à le lire en pensant avoir dans les mains une romance à l’eau de rose mais me disant que ça fait du bien de temps en temps de lire des mièvreries aussi. Bref, je l’ai acheté.

Ce que j’en pense?

826 pages = 6 jours. Je crois que ça dit tout.

Avant tout, je dois rectifier mon erreur. Il ne s’agit absolument pas d’une romance à la Steel, non, non, non! Il s’agit d’une histoire passionnante et entrainante qui ne laisse aucun répit à notre imagination.

J’ai rencontré 5 femmes, bien différentes mais tellement semblables par certains points.

Il y a les femmes Blythe, Persephone (Percy) et Seraphina (Saffy), les jumelles, et leur cadette Juniper (June). Elles vivent dans le château de leurs ancêtres et ont grandi avec les légendes et le poids du passé familial. Percy, l’ainée des jumelles, est autoritaire, entreprenante. Elle ne se laisse pas faire et mène la baguette dans l’immense bâtisse. Saffy est douce, retenue, parfois naïve. Elle aime ses soeurs et ne veut que leur bonheur. June, c’est l’extravagante, l’artiste; un peu perchée ou un peu trop au coeur de la souffrance humaine, elle est l’écorchée, celle qu’on voit malgré sa discrétion.

Il y a les Burchill, Meredith (Merry), la mère. Discrète voire mutique, douce mais mystérieuse. Elle ne dit pas, ne veut pas rappeler le passé. Il y a Edith (Edie), la fille, la narratrice. Trentenaire, à la vie un peu terne. Petit rat de bibliothèque drôle et attachante, aux réflexions amusantes tout autant que poignantes.

L’intrigue est bien ficelée. On reste en haleine du début à la fin, on apprend le fin mot de l’histoire qu’aux pages 8.. alors autant dire qu’on a le temps de s’imaginer mille et un scénario. Car la question est simple : que s’est-il passé à Mildhurt Caste durant la guerre pour qu’un tel silence soit imposé tant chez les Blythe que chez les Burchill? C’est cette réponse que l’enquête d’Edith va mettre au jour.

La narration n’est pas ennuyante car on navigue entre les années 40 et les années 90, époque à laquelle l’histoire se passe. Mais on retourne également dans les années 20 et même parfois à la fin du XIXème siècle, avec comme trame ce château aussi fascinant qu’effrayant. Ses murs parlent-ils? Il semblerait en effet.

On suit les traces de la famille Blythe, de son génie créatif mais de sa folie également. On découvre des secrets cachés, des secrets inavoués, on rétablit des vérités erronées… bref on lit un roman fascinant, le tout dans une prose aux accents nostalgiques, parfois poétiques, notamment quand sont décrits les paysages automnaux du Kent. On plonge dans les secrets de cette demeure, objet de tous les mythes, de tous les possibles.

J’ai adoré tant les personnages que l’intrigue que la plume. Une belle découverte que je recommande vivement à tous les lecteurs qui aiment suivre la vie d’une famille chargée du poids de ses ancêtres, qui aiment découvrir les passages secrets d’un château, qui aiment le calme et la tranquillité angoissantes des vieilles demeures, qui aiment les secrets vieux de soixante quinze ans ou de cinquante ans, qui aiment entrer dans le coeur d’une famille mystérieuse.

Soyez imprudents les enfants, Véronique OVALDE

Chère Madame Ovaldé,

 

OvaldéVoici plusieurs années que je lis avec plaisir vos oeuvres, ma rencontre ayant eu lieu avec Véra Candida. J’ai eu Soyez imprudents les enfants vraiment par hasard dans les mains. Le titre assez provoc’ m’a tout de suite plu. J’ai dévoré les 350 pages tant le décor que vous plantez est extrêmement prenant. Vous plongez votre lecteur dans un univers réaliste tel qu’à plusieurs reprises j’ai oublié que je lisais de la fiction. L’insertion de détails réels et historiques flirtent avec brio avec l’univers romanesque que vous décrivez. En outre, la période franquiste des années 70-80 est largement documentée, suffisamment en tout cas pour qu’on puisse se projeter dans cette atmosphère.

J’ai également aimé votre personnage d’Atanasia, si attachante, si excentrique mais qui a en même temps tellement de chacun de nous en elle. Sa ténacité et sa passion m’ont tenue en haleine tout le long du roman. Les situations improbables qu’elle a le chic de vivre, et qui avouons-le m’ont fait rire, mêlées à ses réflexions si profondes sur le monde qui l’entoure, sur la famille, et surtout sur la vieillesse donnent une profondeur particulière au personnage qui devient au fil des pages un vrai type littéraire à mes yeux.

Enfin, le trame narrative est rondement menée. La passion qu’Atanasia développe pour Roberto Diaz Uribe, passion qui l’entraine à exploiter différents coins de l’Espagne, à arpenter les rues de Paris avec son étrange professeur-acolyte-alcoolique, garde toute l’attention de votre lecteur.

C’est un beau moment de lecture que je termine. J’ai particulièrement aimé les pensées sur le temps qui passe, le regard que cette jeune fille pose sur sa mère qu’elle voit sombrer petit à petit. J’ai aimé les légendes familiales que vous avez imaginées qui nous renvoient dans un passé quasi médiéval, j’ai aimé la mythologie qui se crée autour des Batolome. Bref, je garderai un beau souvenir de ce roman que j’ai déjà conseillé à quelques personnes qui sauront apprécier la beauté et la clarté de votre plume. Alors, merci!

 

Résumé de l’éditeur :

«Soyez imprudents les enfants», c’est le curieux conseil qu’on a donné à tous les Bartolome lorsqu’ils n’étaient encore que de jeunes rêveurs – et qui explique peut-être qu’ils se soient aventurés à changer le monde.
«Soyez imprudents les enfants», c’est ce qu’aimerait entendre Atanasia, la dernière des Bartolome, qui du haut de ses 13 ans espère ardemment qu’un événement vienne bousculer sa trop tranquille adolescence. Ce sera la peinture de Roberto Diaz Uribe, découverte un matin de juin au musée de Bilbao. Que veut lui dire ce peintre, qui a disparu un beau jour et que l’on dit retiré sur une île inconnue? Atanasia va partir à sa recherche, abandonner son pays basque natal et se frotter au monde. Quitte à s’inventer en chemin.
Dans ce singulier roman de formation, Véronique Ovaldé est comme l’Espagne qui lui sert de décor : inspirée, affranchie et désireuse de mettre le monde en mouvement.