Emma, K. Mori

Melle Mori,

J’ai enfin lu votre Emma, après l’avoir vue de nombreuses fois sur la toile…mieux vaut tard que jamais!

Emma 1Tome 1 : J’ai eu extrêmement de mal à entrer dans l’histoire. J’ai même voulu arrêter en cours (chose très rare). Les personnages n’arrivaient pas à se dessiner dans ma tête, je ne les percevais que de très loin; je ne comprenais pas l’histoire : de quoi ça parlait? Aucune idée; on commençait un sujet et on le terminait aussitôt; j’avais l’impression que tous les jeunes hommes avaient la même tête… bref ça m’a un peu gavée. J’ai lu jusqu’à la postface dans laquelle votre autoportrait m’a vraiment fait rire.

Emma 2Tome 2 : Le dernier chapitre de la première partie m’ayant un peu intriguée, j’ai poursuivi mais vraiment « pour être certaine que je fais bien d’arrêter »! En fait, j’ai bien fait de continuer car enfin l’histoire se lance! A partir de cette seconde partie, j’ai été prise par l’intrigue. Rien de bien original pourtant : Mr Jones, un jeune de la haute société anglaise de la fin  du XIXème siècle, tombe amoureux d’Emma, la domestique de son ancienne gouvernante. Elle les fait tous succomber mais aucun ne peut prétendre l’avoir réellement séduite sauf, sauf bien entendu William Jones! L’histoire a déjà été lue plus d’une fois mais cependant, on y adhère facilement. Les décors que vous dessinez n’y sont pas étrangers : on apprécie les bals que vous peignez si précisément, on ne se lasse pas de regarder chaque détail; on s’extasie devant le Cristal Palace et toutes les informations que vous nous données… bref c’est une belle plongée dans ce Londres du siècle dernier. En outre, j’ai beaucoup aimé les silences des personnages qui disent bien mieux ce que mille mots auraient mal retranscrit. Le personnage d’Emma est plutôt touchant par sa sensibilité. Enfin, j’ai adoré me retrouver dans l’ambiance de Princesse Sarah, ce dessin animé si cher à mon coeur d’enfant! J’ai cru revoir Sarah, Lotie et la méchante Lavinia… ce petit clin d’oeil que je me suis imaginé a fini par faire céder mon aversion première.

Emma 3Tome 3 : Je continue avec un grand plaisir la saga. Plus j’avance dans l’intrigue, plus j’ai l’impression d’être dans les cuisine de Downton Abbey, surtout dans ce troisième tome. On retrouve Emma dans sa nouvelle famille, William est davantage mis de côté. On découvre la vie quotidienne des domestiques dans une famille cossue, dans un domaine superbe, faite de labeur mais parfois ponctuée d’une petite fête. Les dessins sont toujours aussi sympa à regarder et à détailler, les décors et costumes sont nombreux. La réserve d’Emma fait parler les mauvaises langues mais elle reste fidèle à elle-même, toujours aussi touchante, encore plus car s’ajoute une grande fragilité émotive d’avoir quitté son amour. C’est un volume que j’ai beaucoup aimé et qui m’a confirmé que le manga, ça ma plait!

Emma 4

Tome 4 : alors lui, c’est LE tome de la saga (même s’il m’en reste encore à lire!). Je l’ai adoré, il n’y a pas d’autres mots pour le dire. Emma et William vont enfin être réunis et on monte doucement mais sûrement en tension tout au long du tome pour arriver à une fin magistrale et magnifiquement dessinée. Je ne pensais pas pouvoir être émue devant quelques planches. Mais comme à chaque fois, l’absence de mots vaut tous les dialogues que vous auriez pu faire. Les retrouvailles des amoureux sont vraiment poignantes et le dessin traduit toute la douleur des protagonistes.

Emma 5Tome 5 : petite pause dans l’histoire de William et Emma et retour en arrière 20 ans plus tôt en compagnie du père et de la mère de William. A la lumière de leur rencontre, de leur mariage et de leur vie de famille, on comprend mieux les raisons qui poussent le père à refuser l’amour de son fils pour une bonne. On comprend mais on ne cautionne pas pour autant parce qu’Emma reste toujours aussi douce et attachante. Un tome tout en douceur cependant que j’ai apprécié.

Emma 6 Tome 6: L’action est relancée. Le vicomte veut que sa fille épouse Jones et conclura ce mariage côute que coûte mais s’il le répugne : un sang bleu se marier avec un parvenu? Quelle honte! Emma fait malheureusement les frais de cette volonté. En arrière plan, la vie dans une grande maison bourgeoise est montrée sous ses aspects, même les plus réalistes (nettoyer un lustre à 23h, why not?) Les personnages des servantes m’ont un peu agacée car elles ne parlent pour ne rien dire. Les planches sont du coup très chargées et mis à part le côté un peu rigolo, ça gonfle vite puisque ça n’apporte rien à l’histoire. La fin est très romanesque cependant et laisse entrevoir un 7ème tome très relevé !

Emma 7Tome 7: Je fulmine! Petit message personnel à la personne qui a volé ce tome à la bibliothèque : tu es un(e) gros(se) nase! Du coup, il faut que je me le procure autrement!

Emma

« Madame Bovary ou le Sex-appeal en province, G. de la Fourchardière

nouvelle BovaryTitre aguicheur, non? Forcément je me rue dessus! Et comme je suis contente de l’avoir fait. C’est une nouvelle comme j’aime : concise (et oui patate, c’est une nouvelle!), drôle, un brin sarcastique et en plus on parle de ma Bovary!

Madame Bovary vit au XXème siècle, dans les années 30. Son mari tient une clinique prospère, secondé par le Dr Léon, l’amant de sa femme,  Emma, à l’origine de tous les commérages de Yonville. La belle est épiée, critiquée, au coeur des « qu’en dira-t-on » mais fière, elle marche la tête haute, semblant ne pas être atteinte par cette notoriété en demi-teinte, et rejoint l’abbé Bournisien pour conclure un pacte : elle en a marre que Homais la surveille chaque jour et demande au prêtre de s’allier à elle pour faire couler la pharmacie. Le curé accepte (pas très catholique mon père), si en échange elle cesse séance tenante toute relation avec ses amants, Léon et Rodolphe. Elle accepte puisque l’un l’agace et l’autre est ruiné. Mais rapidement, elle jette son dévolu sur le petit Justin, l’apprenti du pharmacien.

Tout est là : les personnages, le cadre, les caractères, croyances des uns et des autres…ou presque. Car Emma est une femme moderne, déterminée, consciente de ses charmes et de sa sensualité dont elle se sert ostensiblement. J’ai aimé la voir vamp, femme fatale qui mène le jeu, aguicheuse mais qui assume totalement.

Bref, c’est une réécriture vraiment agréable qui reprend sans copier ni inventer l’intrigue mère. Un vrai bon moment à découvrir.

 

Arte, K. Ohkubo

Arte Je suis totalement sous le charme de ce manga! C’est frais, c’est drôle, c’est émouvant, c’est jeune et plein d’entrain, bref, j’adore!

Arte c’est l’histoire d’une jeune fille d’une jeune florentine de très bonne famille de 16 ans, Arte, qui dessine tout le temps, tout et n’importe quoi. Malheureusement pour elle, son père, le seul qui croyait en elle, vient de mourir et la laisse aux mains de sa mère, obnubilée par le mariage que sa fille pourrait faire car nous sommes au XVIème siècle.

Ces deux femmes s’affrontent chacune accrochée à son monde : d’un côté la mère, sclérosée dans son monde aux coutumes antiques, dans lequel  femme doit obéissance à son mari, dans lequel femme ne doit avoir que quelques rudiments de lecture et de maths pour éviter qu’elle ne passe pour trop cruche mais en même temps dans lequel elle sait que sans la protection d’un homme, sa fille est appelée à mener une vie de malheurs et de souffrances. De l’autre côté, Arte rêve de vivre de l’art et pour l’art car elle comprend qu’un mouvement se met en marche, elle sent qu’elle appartient à la modernité artistique qui souffle sur l’Italie, à une Histoire qui s’écrit.

Du haut de ses 16 ans, elle décide de devenir apprentie. Mais derrière ses fantasmes d’enfant, elle découvre la dure réalité : parce qu’elle est une femme, on la méprise et on la jette de tous les ateliers. Seul Léo, un artiste ronchon mais ô combien attachant, lui donne sa chance. Commence alors une vie de labeur pour Arte, pleine d’épanouissement.

J’ai adoré ce petit bout de jeune fille, très déterminée. Elle est attachante. Son tempérament de feu la rend à la fois touchante et comique. Je n’ai pu que rire devant ses découvertes de petite aristo qui apprend ce qu’est la vraie vie. Elle grandit en même temps que son art et que son talent. Dégourdie, spontanée, naïve, elle est tenace et ne veut pas être considérée autrement que comme une personne et non comme une femme. Ses choix, parfois radicaux, lui confère une détermination admirable.

En outre, j’ai appris beaucoup sur le métier de peintre au XVIème en Italie. Habilement semées ici ou là, l’auteur nous donne quelques informations sur les coutumes du pays ou le métier à l’époque. Le seul petit bémol reste le vocabulaire peu réaliste pour le coup. Je doute qu’au début du XVIème une jeune fille de bonne famille puisse dire « Il est flippant » mais ce défaut entraine le rire du fait du décalage.

En somme c’est un manga vraiment sympa et j’ai hâte de lire le tome 2.

Sait-on jamais, si un icaunais traine dans le coin, je mets l’affiche! (Non, dans l’Yonne nous ne sommes pas tous des violeurs ou tueurs, je ne vous entraine pas dans un guet-apens !)

sayonne'ara

On remarque le super jeu de mots…

Dracula, B. Stoker

draculaM. Stoker,

Enfin c’est chose faite! J’ai lu votre Dracula, ce classique de chez classique. Je suis mitigée en fait, presque déçue . Je m’explique :

De Dracula, comme tout le monde, je connaissais le cercueil, le château, les dents pointues, la soif de sang, l’ail et le pieu en bois dans le coeur. A part ça, ma connaissance du mythe se résumait à néant, si ce n’est que c’est une thématique très importante de la littérature romantique-gothique et de la bit-lit. Et bien j’ai découvert un roman vraiment très riche .

La narration m’a plu. J’aime beaucoup cette alternance de lettres et récits de journaux intimes de tous les personnages principaux. On a ainsi un point de vue d’ensemble, un panorama complet et même ingénieusement mis en place car c’est à la lumières de tous les récits qu’on peut se forger notre idée. La traduction cependant laisse à désirer. Les répétitions sont nombreuses et parfois le mauvais prénom est employé. Cela dit, vous n’y êtes pas pour grand chose! Certains passages sont très angoissants car nous font plonger dans la noirceur de l’âme, et même dans la folie. De ce côté le fantastique est au rendez-vous.

J’ai apprécié les personnages et notamment Mina, la seule femme du récit. Bon j’admets que le discours viril voire macho m’a un peu agacée « c’est une femme, il faut lui épargner ces émotions qu’elle ne pourrait gérer… » (oh les gars, je vous rappelle qu’on accouche, hein donc question douleurs et émotions on gère!). La démarche de chacun est cependant altruiste, aucun ne veut faire de mal à cette douce jeune fille au caractère indépendant et bien affirmé. Elle a un petit côté Sherlock appréciable.

La déception vient de la fin. Je m’attendais à un combat entre le comte et les apprentis chasseurs de monstres. Vous le préparez aux deux tiers du roman, j’attendais fébrile, me cramponnant au livre. Et enfin, la rencontre arrive et pouf, ça retombe d’un coup. Rien, pas de combat acharné, il y a bien un mort, pour la gloire mais bon ça ne m’a pas convaincue. Alors j’ai refermé le roman un peu amère en me disant qu’il manquait un combat épique quand même. Déçue aussi par la transparence des personnages. Il y a toujours un pourri dans un groupe, toujours, c’est indéniable! Tantôt je pensais que c’était un tel, tantôt un l’autre, et la narration me le laissait croire (attitude étrange, absence justifiées par des bredouillages peu crédibles…). J’attendais en me disant que ce serait durant le combat final que le personnage se révèlerait…non plus! Tout le monde il est gentil! Est-ce la société qui n’est que méfiance et corruption qui me laisse penser qu’il y a des ordures partout ou suis-je profondément pessimiste? Là est la question, toujours est-il que le rôle de salaud aurait, je trouve, donné plus d’épaisseur à certains personnages.

Votre roman n’en reste pas moins une lecture agréable, qui a réussi à me mettre dans un état parfois proche du malaise. Un bon classique!

 

Le Maître des livres, U. Shinohara

Maitre des livres
Je suis lancée, on ne m’arrête plus : encore un manga! Je suis comme les gosses, quand je découvre un truc, je devient dépendante avant de me modérer!

Enfin bref, ce manga est super sympa. Il réconcilie autant les lecteurs de mangas avec la littérature plus classique que les lecteurs de « classique » avec les mangas.

L’histoire est simple : Mikoshiba est un bibliothécaire un brin acariâtre, qui n’aime pas être dérangé, un tantinet aigri, qui travaille à la bibliothèque pour enfant La Rose trémière. Un soir, un jeune homme un peu perdu pousse les portes de l’établissement et est conseillé par Mikoshiba. Il redécouvre un livre de son enfance et prend conscience de ce qu’il est devenu. On suit alors la vie de cette bibliothèque où se succèdent différents personnages, tous en quête d’un chemin à suivre. Mikoshiba, avec son caractère très drôle propose des livres pour chacun.

J’ai beaucoup aimé ce manga. J’ai apprécié avoir un résumé des romans que conseils Mikoshiba. Autant certains titres m’évoquaient des souvenirs, autant d’autres, comme des contes japonais, me laissaient bien seule devant mon ignorance. En quelques planches, le livre est résumé et le lecteur peut en tirer l’essence principale. J’ai aimé également le personnage de Mikoshiba. Sous des aspects très rustres, se cache un passionné de littérature pour qui le livre est un puits de science, une idéologie de la vie. Lire, ce n’est pas ouvrir un bouquin et suivre les lignes qui s’enchainent. Lire, c’est accepter de voir sa vie prendre un autre chemin une fois qu’on a refermé le livre. Il est drôle car il est à part. Tous les gamins l’adorent alors qu’il ne les supporte pas, tout le monde vient lui demander conseils alors qu’il veut ranger ses livres seul et dans le silence… ses remarques sont très drôles. Enfin, j’ai trouvé un certain plaisir à découvrir l’atmosphère très conviviale de cette bibliothèque où tout le monde vous souhaite la bienvenue.

En somme, c’est une lecture plaisante que j’achève et que je continuerai avec les tomes suivants.

Mademoiselle Bovary, M. Benoît-Jeannin

mademoiselle bovary Cher M. Benoît-Jeannin,

Vous avez écrit en 1991 une suite au roman de mon Flaubert. Par chance, la médiathèque l’avait et je l’ai donc lu aussitôt ma découverte faite. Je vous admets que j’appréhendais un peu car la dernière Mademoiselle Bovary que j’avais lue m’avait un peu déçue… mais pas la vôtre!

Vous proposez une suite très romanesque du roman.  J’ai parfois eu l’impression d’être dans des récits du XVIIIème comme La Vie de Marianne de Marivaux où pas une page ne peut se tourner sans qu’une action ne se passe. Vous donnez à Berthe une vie que le roman de Flaubert ne laissait pas imaginer.

La Berthe que vous campez n’est pas cette petite fille chétive que l’on s’attend à voir. Vous la faites vivre avec une énergie débordante et une modernité d’esprit appréciable. J’ai beaucoup aimé découvrir ses aventures que vous parsemez de clins d’oeil soit au roman-mère soit à l’époque. J’ai apprécié croiser Baudelaire ou Bouvard et Pécuchet, dont vous gardez toute la cohérence d’ailleurs. C’est avec plaisir que j’ai retrouvé certains personnages comme Rodolphe par exemple qui prend une place importante. Berthe est une jeune fille très touchante à laquelle on s’attache rapidement. Elle est fraîche et pleine de vie.

Je pense que pour apprécier votre roman à sa juste valeur, il ne faut pas avoir envie de le comparer à celui du Maître (est-il comparable?). Il est un roman à part entière qui se lit avec plaisir et envie. Seule la fin m’a un peu gênée : elle semble improbable si on la remet dans le contexte de l’ époque mais tellement logique quand on comprend que Berthe, pourtant très attachée à sa mère et à son souvenir, est une anti-Emma : libre, indépendante, heureuse surtout.

Bref, c’est une lecture plaisante et divertissante que j’ai achevée.

« Une arrière-petite-cousine de Madame Bovary », F. Carco

nouvelle BovaryCher M. Carco,

 

J’ai lu votre nouvelle avec beaucoup de plaisir et pour plusieurs raisons! La première c’est que vous réécrivez Madame Bovary en la transposant dans les années 1930 et en plaçant votre narrateur comme un nouveau Léon. Et ça j’ai aimé car souvent, ce personnage est survolé. Votre jeune Paul donc voit débarquer Denise et son époux, un notaire, dans son village. Il tombe sous son charme dès les premiers instants mais doit faire face à la pudeur de la dame et à ses amourettes avant de pouvoir prétendre être son amant.

La deuxième raison de mon adhésion revient à votre plume. Elle est très agréable et s’apparente aux récits du XIXème : très précise et lyrique sans tomber dans la mièvrerie. La fin fait même preuve d’un certain humour pince-sans-rire qui m’a plu.

Enfin, la dernière grande raison reste votre intrigue. Certes, Emma se découvre en filigrane mais votre récit reste cependant très indépendant. vos personnages sont cohérents et la narration bien menée.

Bref c’est une lecture très sympathique que je termine et que vous pouvez lire sur le site de l’Université Flaubert (ici)