Les Vestiges du jour, Kazuo ISHIGURO

les-vestiges-du-jour.jpgDe quoi ça parle?

De Mr Stevens, un majordome vieillissant qui se voit offrir quelques jours de repos par son nouvel employeur, Mr Farraday, un américain fortuné qui a racheté la prestigieuse demeure Darlington Hall. Stevens part rejoindre Mrs Kenton, ancienne intendante de la demeure, dans l’espoir qu’elle reprenne la place qu’elle occupait 20 ans plus tôt. Ce voyage est l’occasion pour le majordome de faire le bilan de sa vie et de sa carrière, car l’une est inextricablement liée à l’autre.

Ce que j’en ai pensé?

C’est un livre que j’ai apprécié et que j’ai lu avec un vrai plaisir tant pour « l’intrigue » que pour la prose. En réalité, il n’y a pas vraiment d’intrigue puisque le personnage est davantage tourné vers le passé que vers le futur. Il se remémore différents souvenirs des grandes heures de Darlington Hall quand sa Seigneurie, Lord Darlington, était un personnage important et influent dans l’Angleterre des années 20-30. Les anecdotes sont données pêle-mêle, sans lien, parfois sans suite. Ce pourrait être frustrant mais bien au contraire on s’en régale car on se faufile dans les couloirs de cette immense maison que Stevens nous présente souvent comme les coulisses de la politique mondiale de l’entre deux guerres. Stevens est absolument fasciné par son employeur et trouve grâce à ses yeux, quoi qu’il fasse.

Le personnage de Stevens est très attachant. Il est drôle à ses dépens. Il essaye à plusieurs reprises de faire des mots d’esprit mais il est tellement coincé, il s’offusque tellement pour un rien que ses tentatives de blagues tombent systématiquement à l’eau. Le regard qu’il porte sur son métier est très touchant. Bien plus qu’un métier, il est une vraie vocation. Sa Seigneurie et ses désirs sont les seules préoccupations du majordome, à tel point qu’on a parfois envie de lui dire de réévaluer une situation et de la relativiser. Certaines anecdotes m’ont fait froid dans le dos car rien n’est jamais vraiment explicite, discrétion oblige, et à l’ignorance (feinte?) du majordome s’oppose notre trop grande clairvoyance. Il semble parfois obnubilé par Sir Darlington en qui il a une confiance aveugle.

J’ai apprécié aimé lire cette prose so british. Elle mime à la perfection la rigueur professionnelle qu’il s’est imposée au fil des ans au point d’en devenir une seconde nature : elle est élégante mais en même temps manque cruellement de spontanéité et de sentiment. J’ai été stupéfaite de certaines réactions de Stevens, on a envie de lui dire d’enlever les oeillères et d’écouter l’implicite.

Bref, c’est une belle lecture que j’achève. Elle m’a surprise car ce n’était pas ce à quoi je m’attendais mais ce fut une belle ballade anglaise des années 30, aux couloirs gonflés d’invités, jusqu’aux années 50 aux couloirs poussiéreux et désertés. A lire sans modération!

 

 

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KZ DORA, Robin Walter

Couv_241278 De quoi ça parle?

De 5 hommes : Paul, un élève officier français; Etienne, un jeune résistant qui fait passer des juifs en zone libre à travers les montagnes; Hans, une jeune recrue SS très prometteuse; Bastian, un SS expérimenté et Michael, un scientifique allemand qui travaille d’arrache-pied sur les missiles V1 et V2, des armes susceptibles de détruire Londres.

Ces 5 hommes, aux parcours très différents, vont pourtant tous se croiser au camp de concentration de Dora de 1943 à 1945.

Ce que j’en ai pensé?

J‘ai eu du mal à décrocher. Une fois la lecture commencée, j’ai été entrainée jusqu’à la Libération tant l’entremêlement des destins de chacun m’a tenu en haleine.

Dora est un camp de concentration, proche de Buchenwald, la succursale de l’Enfer. Les déportés travaillent jusqu’à l’épuisement à la construction d’une usine destinée à la fabrication des missiles V1 et V2, les armes secrètes d’Hitler.

L’ambiance est très lourde du fait du sujet abordé. La BD commence à planter le décor de chaque personnage. Les montagnes pour l’un, les casernes pour d’ autres.

img_1306.jpgPeu à peu, l’atmosphère s’alourdit et atteint son apogée au camp, lorsque les 5 personnages sont réunis. Les scènes de violence, pourtant connues par les nombreux témoignages, restent cependant insoutenables. L’auteur ne s’est pas complu dans le gore ou le sanglant et c’est un aspect que j’ai apprécié. D’une part, le dessin en noir et blanc, aussi contradictoire que cela puisse paraitre, par sa sobriété ajoute à la tension palpable. D’autre part, il traduit davantage par ses contrastes les émotions des personnages. J’ai été très attentive à chaque dessin, à chaque trait dessiné tant ils m’ont semblé justes. Les situations rapportées, toujours sans voyeurisme, touchent au plus profond car elles illustrent la cruauté dont l’homme est capable.

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Au fur et à mesure, la situation inextricable se dénoue et l’arrivée des alliés laisse aussi son lot de surprises. On ne parle pas assez dans la littérature du choc ressenti par ces hommes qui ont découvert l’horreur que personne ne voulait imaginer. Il était intéressant de voir à quel point les libérateurs ont été pris de court et à quel point il leur a été difficile de faire face à cette situation.

Enfin, en fin de volume, on peut lire un document très intéressant « Notes sur mes années d’internement et de déportation » de Pierre Walter, le grand-père de l’auteur. C’est poignant et il est vrai que parfois la lecture devient difficile.

En somme, c’est une BD très intéressante et vraiment poignante que je viens de lire et que je recommande vivement à qui veut se documenter sur la vie concentrationnaire.

 

 

La Sorcière, Camilla LÄCKBERG

UnknownDe quoi ça parle?

De Nea, une enfant de 4 ans qui a disparu, un matin ou une nuit. 30 ans plus tôt, c’était une petite fille du même âge, qui habitait la même maison, qui avait disparu et qu’on avait retrouvée gisant dans un étang, blessée à la tête. Le plus étrange c’est que cet évènement arrive alors que les 2 meurtrières, Marie et Helen, âgées de 13 ans à l’époque, se retrouvent pour la première fois depuis 30 ans, ensemble à Fjällbacka; autre coïncidence, Erica Falk se lançait dans un roman concernant cette vieille affaire. La disparition de Nea lève quelques voiles et Patrick et toute son équipe sont chargés de la retrouver.

Ce que j’en ai pensé?

 Je suis férue de Camilla Läckberg, j’ai lu toutes ses enquêtes et dès qu’une sort, je l’achète dans la semaine. C’est donc très impatiemment que j’ai lu ce nouvel opus, peut-être trop impatiemment. Je ne sais pas comment expliquer ma déception. Est-ce par lassitude que tous les personnages m’ont paru hyper stéréotypés? le discours un peu trop prévisible? la traditionnelle double intrigue tirée par les cheveux? Je ne sais pas mais la mayonnaise n’a pas pris.

Parce qu’elle est quand même très douée, Läckberg a su faire naitre quelques moments d’attente mais rien de bien palpitant car les indices parsemés deci delà, d’habitude assez bien dissimulés, étaient tellement évidents qu’il semble vraiment improbable que les fins limiers du commissariat passent à côté. De même, les nombreux secrets de polichinelle qui remplissent le roman paraissent impossibles tant ils sont concentrés dans une même famille! Et à mon sens, l’intrigue elle-même est décevante. J’ai l’impression que l’auteur a condensé toutes les horreurs de l’actualités dans ce roman : xénophobie contre des réfugiés syriens, déboires hollywoodiens, tueries adolescentes,… c’est un peu trop pour que j’y adhère.

Enfin, Patrick et Erica m’ont un peu gavée! Leur amour trop « chouchou-chéri-chouchou » m’a vraiment paru mièvre. Ils sont clichés tant dans leur relation que dans leur rôle de parents. Ils sont toujours débordés, rêvent de se retrouver mais dès qu’ils posent les yeux sur leurs enfants (dont ils ne s’occupent jamais), ils sont dans la contemplation. La moindre réplique de l’un est attendue, il n’y a pas d’originalité. Par exemple, Erica revient ivre d’une soirée. Tout, absolument TOUT ce qu’elle dit ou fait a déjà été vu et revu mille fois.

Bref, c’est vraiment très déçue que j’ai fermé le roman. La formule mérite d’être un peu renouvelée selon moi. Je pense surtout que j’en attendais tellement que la déception ne pouvait qu’être là!

Les enchantements d’Ambremer, Pierre Pevel

UnknownmDe quoi ça parle? 

De Paris en 1909, un Paris un peu spécial car gnomes, mages, dragons, chats ailés et autres créatures venues de l’OutreMonde cohabitent avec des parisiens lambdas.

A l’occasion d’une enquête sur des objets enchantés détournés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, un mage du cercle Cyan, est embarqué bien malgré lui dans une affaire bien plus sérieuse de meurtres et de disparitions étranges.

En parallèle, il y a Isabel de Saint-Gil, une femme qui change de vêtement aussi facilement que de nom et qui est à la fois cambrioleuse et justicière.

Bientôt Griffont et Isabel vont devoir faire équipe ensemble, malgré leur passé houleux.

Ce que j’en ai pensé?

C’est plutôt pas mal du tout! La quatrième de couv’ présentait le roman comme un héritier d’Arsène Lupin et je trouve cette définition vraiment appropriée. Les rebondissements sont très nombreux conférant un rythme haletant. On court dans tout Paris après les coupables, dans les passages secrets et les souterrains cachés pour échapper aux « méchants »; on cambriole les appartements luxueux, on côtoie des Russes pas très conciliants… bref on ne s’ennuie pas. L’intrigue est bien ficelée même si, J.K Rowling étant passée par là, je m’attendais à une intrigue plus complexe.

J’ai apprécié les personnages, ils sont pour certains très attachants, ma préférence allant pour Griffont, un quadra déterminé, un peu super héros cependant. Le personnage d’Isabel m’a également plu par son humour et sa débrouillardise. L’univers créé nous invite à imaginer un Paris un peu farfelu dans lequel la Tour Eiffel est blanche et où les chênes des parcs parlent. En outre, l’histoire de l’OutreMonde, parfois glorieuse, parfois honteuse, nous est racontée par touches successives, créant une vraie identité à ce monde.

J’ai été un peu plus dérangée par la présence, pour ne pas dire l’omniprésence, de l’auteur qui se rappelle à notre bon souvenir trop fréquemment à mon goût, cassant de ce fait l’immersion romanesque. Clairement, j’aurais aimé qu’il me laisse dans mon imagination nait de sa plume et qu’il cesse de me dire, le plus souvent brusquement et maladroitement, que je lisais une fiction. Outre ce petit détail, j’ai bien aimé ce roman d’aventures à la fois drôle et prenant.

C’est avec plaisir que je lirai les tomes suivants et je suis surtout curieuse de voir si l’intrigue se poursuit, car je me répète, elle était un peu simple. Je le conseille à tous lecteurs en quête de mouvements.

La terre qui penche, Carole Martinez

UnknownDe quoi ça parle?

De Blanche de Chaux, une jeune fille de douze ans vivant en 1361. Elle quitte le château de son père tyrannique, qui l’enlève un matin à sa soeur jumelle et aux bâtardes qu’il a eues avec d’autres femmes, la mère de Blanche étant morte peu de temps après la naissances de ses filles. Elle traverse la forte, escortée par son père et ses hommes et arrive un matin au domaine des Murmures, le même que celui de l’opus précédent, deux siècles plus tard.

Blanche livre aux lecteurs ce voyage et cette enfance, alternant tantôt sa voix d’enfant, tantôt sa voix de fantôme errant depuis de plusieurs siècles sur ces terres et en creux se dessine l’histoire de sa mère et de son père, son histoire, l’histoire d’une époque qui n’avait pas encore connu la Peste.

Ce que j’en ai pensé?

Un coup de coeur. J’avais adoré Le Domaine des murmures et je suis résolument fan de Carole Martinez. Son écriture est envoûtante, enivrante même, une vraie jubilation littéraire. Comme souvent chez cette auteure, mythe, rêve, poésie et réalité se mêlent et se mélangent au point de ne plus savoir ce qui est vrai mais nous invitant toujours plus loin dans cet univers de beauté et de cruauté. J’ai été entrainée dans ces paysages médiévaux aussi réels que fantasmagoriques. J’ai particulièrement aimé les personnifications de la rivière, personnage fascinant auquel l’auteure donne encore plus vie qu’aux autres personnages humains du roman.

J’ai aimé la voix de l’enfant qui se fait rebelle, révoltée, parfois insoumise tandis que celle de la vieillesse est toute en intimité, livrant les sentiments que la jeunesse voit comme une faiblesse. Cette alternance crée un concert de voix superbes. On aime la fraicheur et  la vigueur de l’autre, la douceur et la faiblesse de l’autre. On s’attache à tous les personnages, chacun nimbé d’une aura poétique, d’un mythologie propre à la plume de l’auteure.

La fin du récit m’a particulièrement exaltée. On est emporté par la vivacité de la prose et par ce petit bout de jeune femme qui est un vrai souffle de vie, une bouffée d’oxygène.

En somme, c’est un roman magnifiquement écrit et personnellement très émouvant que je termine. Je le conseille à toutes les lecteurs en quête de beauté et de poésie.

 

12 ans dans l’esclavage, Solomon Northup

12 ansDe quoi ça parle?

De Solomon Northup, un homme de couleur, né libre dans l’état de New-York, qui un jour est enlevé par deux hommes blancs qui le mettent en marche vers l’esclavage. Il y restera douze ans, douze longues années, séparé de sa femme, de ses enfants et de ses amis, loin de sa terre, perdu dans Bayou boeuf en Louisiane.

Ce que j’en ai pensé?

Extraordinaire! Cette autobiographie est magnifique et nous dresse les poils sur les bras plus d’une fois. Solomon fait le récit de sa captivité. Renommé Pratt, il change trois fois de maitre, tombant de plus en plus dans l’inhumanité. La description des horreurs subies se fait sans aucun voyeurisme, simplement dans la sincérité et la vérité. A plusieurs reprises Solomon rappelle qu’il écrit seulement la vérité, sans la noircir ou l’adoucir. Il n’accuse personne mais raconte seulement la façon dont les évènements se sont enchainés.

Il nous raconte également le quotidien de sa condition : les journées à rallonge, les obligations des esclaves, les humiliations, le travail dans les champs de coton ou les sucreries mais aussi les jours de trêve donnés à Noël, les fêtes qu’on leur offrait occasionnellement, l’entraide et la solidarité, la vie dans les cases. Le récit est émaillé de nombreux rappels aux lois, celles des Blancs, celles de Noirs, aux différences entre les états. C’est un témoignage intéressant, touchant, prenant et poignant. J’ai tourné les pages avidement et j’ai particulièrement apprécié la modestie du personnage qui, malgré les souffrances infligées, ne s’est pas senti supérieur une seule fois. Il reste humble, aucunement revanchard. Le récit de sa libération est également passionnant, on a cependant envie de crier deux-trois insultes aux juges mais le récit n’en reste pas moins intéressant.

C’est une autobiographie remarquable et passionnante que je conseille à qui veut lire une histoire remarquable.

Le Train des Orphelins, Christina Baker Kline

UnknownDe quoi ça parle? 

De Vivian, une jeune fillette de 9 ans qui arrive à New-York après avoir quitté son Irlande natale avec sa famille dont elle sera séparée à la suite d’un tragique accident. Elle  est alors confiée à l’assistance publique qui la mettra en 1929 dans un train en partance pour la campagne américaine pour qu’elle soit adoptée ou qu’elle serve de main-d’oeuvre gratuite.

C’est aussi l’histoire de Molly, une jeune fille de 17 ans menacée de maison de correction en 2013 et qui en échange de travaux d’intérêt général va aider Vivian, 91 ans, à mettre de l’ordre dans son grenier.

Au fur et à mesure qu’elles défont les cartons, Vivian raconte et livre son histoire personnelle qu’elle a tue jusque-là.

 

Ce que j’en ai pensé

Les personnages sont attachants pour certains et l’écriture est très belle. Mais je reste très déçue de cette lecture. Avant même que Vivan ne se livre sur tel ou tel point de sa vie, j’ai été capable d’imaginer les faits car ils sont vraiment, mais vraiment, clichés. Père alcoolique, mère pondeuse de gamins, pauvreté extrême, « adoption » chez une marâtre, puis chez un pervers… je n’ai pas réussi à avoir pitié d’elle, ni même un sentiment de compassion tellement je n’ai pas cru à cette succession de malheurs. Le romanesque atteint son paroxysme par rencontre improbable avec une personne disparue depuis 400 pages au milieu d’une grande ville. Enfin bref, je n’ai pas adhéré à la trame. Je ne serais pas étonnée de voir cette histoire mise en téléfilm et diffusée sur M6, tellement c’est larmoyant!